Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /Mai /2009 03:59

Dans "Vengeance", Johnny Halliday refuse le repas que lui proposent, avant le combat, les tueurs auxquels il va s'opposer: ils ont décimé sa famille, il ne veut rien accepter d'eux: même si des signes déjà l'annonçaient, nous savons là que nous sommes devant un Johnnie Too inhabituel, un Johnnie Too "sérieux". 
Avec  Election (1 et 2) Johnnie Too s'était déjà aventuré dans un cinéma adulte, par le sujet, qui lui avait d'ailleurs valu les menaces de la mafia, et j'avous que les Elections m'avait laissé perplexe, car  la singularité de Too, dans le cinéma post-moderne, dont relève le cinéma de genre est-asiatique depuis vingt ans est le primat de  l'esprit d'enfance sur le sérieux ou la mélancolie. 
Les films de Too sont des parties de "gun fight", conçue comme des chorégraphies, coupées par des repas  filmés comme d'énormes goûters entre copains.  Aussi ne faut-il pas s'étonner qu' amis et ennemis se retrouvent autour de la même table. Il s'agit de toute  façon d'une bande de copains, les mêmes comédiens depuis vingt ans, qui se redistribueront les rôles au film suivant. Cinéma de l'enfance, la femme en est absente, ou n'est présente qu'en mère, ou en institutrice castratrice, journaliste ou supérieur hiérarchique dénuée de sexualité, pète sec ou hystérique; bref elle essaie d'arrêter le jeu. Ou alors c'est la prostitué, la maîtresse du patron (du père), vulgaire, inateignable et dangereuse comme dans "Exil".
Cinéma de l'enfance, sa référence principal est le western, jeu de western dans les interstices de la ville plus que western urbain: les usines, les entrepots où ont lieu les combats ne sont pas sinistres mais tas d'ordures compactés, amoncellements de cartons ils se rappochent plus de cabanes , de terrains ludiques que d'une critique sociale quelconque. 
 

Par Thomas Lasbleiz
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Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /Mars /2009 01:52

J'avais écrit un article, long fouillé, sur Bashung. J'étais content de certaines phrases, de certaines idées. Mais voilà, je ne l'avais pas suffisamment protégé. Ceci est sa place, sa tombe peut-être. Mais non: quand j'en aurai de nouveau l'énergie, je le reprendrai. Aussi je lui garde sa place.

Par Thomas Lasbleiz
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Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /Fév /2009 10:52
Quel que soit l'horreur du crime décrit, le polar est la résolution profane du mystère de la mort, et il nous rassure et il est de tous les genres le plus populaire. 
L'enquêteur,nostalgique, alcoolique, dépressif, est la trace du religieux, celle du Christ dans le polar: il porte le meurtre en lui comme une croix. 
La femme peut être le diable , mais elle est Marie Madeleine plus souvent, ou Marie, et alors ses seins sont lourds comme ceux d'une mère.
Ange déchu ou Malin, c'est en Judas, miroir difforme du Christ, que le meurtrier nous intéresse le mieux: l'enquêteur,mimétique par dolorisme ou par méthode, s'identifie, se détache, triomphe.






 


 
Par Thomas Lasbleiz
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Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 18:36
petites notes à partir du film "Morceaux de conversation avec Godard


Depuis l'exposition Walt Disney, au jeu de paume, si je me souviens bien, les musées , régulièrement, propose du cinéma au détour de leurs programmations. Lorsque des salles de cinémas sont aménagées au sein même des musées, c'est le statut politico-culturel du cinéma que le musée tente d'imprimer de son propre statut politico-culturel. Lorsque des écrans sont dispersés dans les salles, c'est par une esthétique télévisuel du zapping et du déni de la dimension narrative du cinéma que le musée s'impose aux images. Il en vient donc à distordre les principes même du cinéma:
Diffusé dans une  salle noire, le mouvement de la projection tend à imposer le pouvoir naturalisée, donnée comme miroir de la réalité, de la trace du réel qu'est son empreinte sur la pellicule. "C'est une fenêtre ouverte sur le monde", selon la formule célèbre de Bazin, . Du gros plan au plan d'ensemble, la variation des échelles module en diverses proportions la métonymie en laquelle se résume la grammaire cinématographique. Le cadre dans le cadre, sorcière récurrente du cinéma, est la métaphore obsessionnelle de la démarche cinématographique, dont Bazin recherchera les traces au sein de cette métaphore qu'est la fiction cinématographique. Quoique la métaphore, la représentation d'une matière par une matière autre, ne résume pas  la fiction, c'est vers elle, en recherchant la référence picturale (métaphore du réel par la peinture) que tendent les chef opérateurs de fictions, d'Hollywood à Alekan. Affinant la thèse de Bazin, Godard affirmera dans le "scénario passion"  rechercher l'interstice du documentaire et de la fiction, de la métonymie et de la métaphore.
Quoi qu'expulsant la fiction en ne présentant du cinéma que des extraits, c'est la métaphore qu'appelle la diffusion de films dans les salles du musée. Projetée en pixel, le statut de l'image télévisuel est ambigu, qui, si elle évoque le réel cinématographique, n'en est pas moins retraitement informatisé d'informations, métaphore ou du moins médiation du réel. Surtout, rétrécies dans les salles, l'image dans les petites lucarnes évoquent le cadre du tableau, la métaphore. Ainsi, notre ressenti est-t-il celui d'une métaphore de film. Dans un musée, le sujet des images tend à devenir métaphore du film, ni sa trace, ni son empreinte, le tableau plutôt que le cinéma, ou la télévision, dont seul Nam Jun Paik sait, par l'éclatement  du cadre du tableau, percevoir l'inédit de l'ubiquité. 

 
Par Thomas Lasbleiz
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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /Jan /2009 17:45



Toujours à propos du film: "Morceaux de conversation avec Godard"
Perverti par l’institution, le marché, le grégaire, l’Urinoire de Duchamp a revalorisé l’institution muséale, lorsque Duchamp pensait en faire trembler les certitudes. Aussi tout objet exposé est œuvre d’art, et si après Duchamp ou Picasso, l’art contemporain a démocratisé les matériaux, il a, au sein d’une société s’affirmant démocratique, été réinvesti de principes de classe. Dans le musée, le notable, de province ou d’ailleurs, vient contempler sa satisfaction grégaire d’en être.Ce nouvel accadémisme s’appuie généralement sur un discours, discours qui même lorsqu’il est fondé sur la critique (de la beauté, de la société, du capitalisme), ne cherche au fond qu’à se différencier de la cuture de masse, dont il reproduit pourtant les pratiques : les lignes de Buren, sériées sans imagination depuis  maintenant des années, ne valent que par le procédé de familiarité. Objets uniques, ce qui en fait le prix, répétés, ce qui en fait la certitude. On achète un Buren comme un Louis Vuitton, et si les colonnes sont maintenant admise au palais royal, ce n’est pas qu’elles étaient classiques, comme on voudrait le croire, mais qu’elles étaient insignifiantes.
Lorsque toute la carrière de Godard est fondé sur l’interrogation des hiérarchies, sur celle du primat de la production sur la diffusion, le musée est installé dans le primat de la diffusion sur la production dans le mépris des hiérarchies. Beaubourg en est l’une des expressions les plus replètes.

Par Thomas Lasbleiz
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